Littérature et écologie, comment écrire de nouveaux récits ? #3

Le quotidien en question : Une écriture de l’écologie, une écologie de l’écriture

Quotidien, quotidien, on est souvent pas copains. C’est des questions sans réponses, une quête constante de sommeil que les heures ne rattrapent pas, des couacs de temps qui disparaît, des tonnes de clés sans coffres ni serrures.
J’ai trop vu le quotidien comme fermé, un truc à écarter, comme une barre d’immeuble, un quartier étriqué qui cache un horizon gigantesque que je voudrais rejoindre et embrasser. Mais si, au contraire, je profitais du quotidien pour nourrir mon écritologie ? Si j’écrivais chaque jour la croissance lente de ma vie en écrin, pour prouver qu’il existe autre chose que ce quotidien commun qui craint ? Comme un écho d’écologie au quotidien.

Un personnage qu’on admire, s’il avait un quotidien réel

Pauvre petite fille riche et populaire au quotidien fonctionnel et banal rencontre le nouveau ou la nouvelle du lycée qui change sa vie et sa manière de voir le monde. Y a de l’amour là-dedans. Ou alors elle est pauvre, ou seule, ses parents ne sont jamais là. La vie a été dure alors elle est devenue un peu trop brillante et intelligente. Mais c’est une fiction, alors elle n’est pas en dépression.
Qui qu’elle soit, elle a décidé, avec un petit groupe de pas encore ami-e-s, de monter un mouvement secret écolo. Et ça fait grèves, bloquages, manifs sauvages ! Enfin, non, sabotages, restons fiction-sages. Appelons-la Léa.
Léa se lève à 7h. Je veux dire, son réveil sonne et elle sort directement du lit à 7h. Ellipse, elle sort de sa douche, ses cheveux délicatement mouillés, ses joues même pas rouges, ses vêtements super assortis en une tenue compliquée, elle a une serviette à la main pour égoutter ses cheveux délicatement mouillés. Il est encore avant 7h30, ses cheveux sont puissamment secs, elle met dans son sac parfaitement rangé les livres en vrac de son lit à peine défait. Elle passe par la cuisine où l’attend une tartine, même si elle vit seule, qu’on est lundi et que le weekend dernier elle l’a passé à bloquer une usine, alors il sort d’où le pain frais ? Elle sort de chez elle et passe devant le miroir avec un petit sourire satisfait et un smoky-eye badass venu du même endroit que le pain frais en tartine.
Elle arrive à vélo, scooter ou pieds 30 minutes en avance au lycée, elle a mis 5 minutes à rejoindre son groupe dans leur lieu secret, quand bien même les couloirs sont déjà bondés, les surveillants la connaissent et savent que cette partie du lycée est condamnée. L’air grave, ils n’ont que 30 minutes pour exposer et décider de la prochaine idée. Dans une semaine, c’est le jour du dépassement, c’est plié, ils bloqueront le lycée.
Elle va en cours, réussit tranquillement son contrôle surprise d’Histoire, et aide même son pote le branleur en râlant un peu. Mais quand est-ce qu’elle a trouvé le temps de réviser ?
À midi, elle mange dans un coin de la cour un sandwich qu’elle a dû trouver au même endroit que le pain frais, la tartine et le smoky-eye badass, tout en notant dans son carnet secret le plan à établir pour bloquer le lycée. Elle a même 5 minutes pour aller voir la principale et jouer de son charme pour obtenir on ne sait quoi d’utile. Et puis retour en cours, elle marche dans les couloirs en lisant avec passion un livre de théorie politique chiant, rend un devoir maison de dix pages (cinq de plus que ce qui était demandé), qui avait été donné le vendredi. Lui aussi, il doit venir du même endroit que le smoky. Elle rentre à pied avec son meilleur ami. Il lui rappelle qu’ils doivent aller ensemble à la fête, samedi. Ah oui, samedi. Elle avait prévu de voir le groupe. Tant pis. Léa fera les deux. Entre temps, elle aura écrit un essai poético-politique, sauvé 3 veaux, replanté une forêt et eu le temps d’avoir les cheveux délicatement mouillés juste avant d’accueillir chez elle son amour secret… la meuf populaire du lycée.

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